Les Evêques influents


Henri de Carinthie


 

Un soir du mois d’août de l’année 1108, dans le Bassigny champenois, lorsque les religieux de Morimond (ordre de Citeaux) se rendent à l’oratoire pour psalmodier les complies, tout à coup un bruit de chevaux, d’hommes, de bagages, arrive aux oreilles du frère portier : 15 étudiants demandent l’hospitalité pour eux et pour leur suite.

 

L’abbé appelé, accueille ses jeunes hôtes « avec cette politesse exquise, cette bonté vraiment patriarcale que les étrangers ne rencontrent que dans les couvents ». Après avoir rempli envers eux tous les devoirs de l’hospitalité monastique, le frère indique à chacun sa cellule et sa couche. Tous se retirent pour se livrer au sommeil et réparer leurs forces. C’est en vain, la parole si pénétrante et si onctueuse de l’abbé a ému leurs âmes ; sa figure pâle, sur laquelle sont empreintes les joies mystiques et les dures pénitences du cloître, se représente toujours à leur esprit. Ils sont malgré eux, sous le charme de ces voix angéliques qui alternent à leur arrivée les chants liturgiques. « La vanité de la jeunesse et des plaisirs, toutes ces graves pensées avaient dissipé leurs illusions et refoulé leurs espérances vers les choses éternelles ».

 

Le matin, avant l’aurore, lorsque la cloche appelle les religieux à matines, les étudiants se lèvent, se communiquent leurs impressions, font venir l’abbé sous prétexte de prendre congé de lui, et ils lui déclarent leur projet.

 

C’est l’ami de saint Bernard qui occupe alors le siège abbatial de Morimond. Il les embrasse, les bénit et prie Dieu de les confirmer dans leurs pieuses résolutions.

 

Tous appartiennent aux familles les plus illustres de l’Allemagne, et on distingue parmi eux Henri, fils du comte de Carinthie, proche de Henri I comte de Champagne, qui a épousé Mathilde de Carinthie.

 

« Son père, chrétien austère crucifie sa chair sous le pourpre, au milieu des délices de la cour, comme s’il eut été au sein du désert et sous le froc des ermites. Il regardait son enfant comme un dépôt sacré, confié à sa vigilante sollicitude, et il était admirablement secondé par son épouse qui, loin de l’entraver, le stimulait par ses exemples et par ses exhortations dans la voie des bonnes œuvres ».

 

Henri, tourmenté du désir de savoir, a obtenu l’autorisation de se rendre à l’Université de Paris avec plusieurs gentilshommes de son âge, et ils reviennent tous, pour la première fois, au sein de leurs familles, lorsqu’ils s’arrêtent à Morimond pour y passer la nuit.

 

Ils sont attendus avec inquiétude dans leur pays. Un courrier y est envoyé, porteur d’une lettre de l’abbé de Morimond, annonçant au comte et à la comtesse de Carinthie que leur fils et ses compagnons d’étude sont installés au noviciat de l’abbaye champenoise. Les vertueux époux, loin de s’affliger de cette nouvelle, s’en réjouissent.

 

Le froc de grosse laine blanche que leur enfant a jeté sur ses épaules, et le vœu qu’il a fait, ses progrès dans la science et la sainteté sont si rapides et si étendus, qu’on le promeut en 1145, à l’évêché de Troyes.

 

Hatton vient de décéder et d’être inhumé dans le chapitre de l’abbaye de Montiéramey, dont il a favorisé la fondation.

 

Henri montre son zèle pour les maisons religieuses, il donne à l’abbaye de Vauluisant « les dîmes de Bernières ».

 

Il est très lié avec saint Bernard, avec le pieux Allain, abbé de Larivour, avec le célèbre Pierre de Celle et Pierre Comestor, doyen de la cathédrale.

 

L’auteur de la vie de saint Bernard rapporte que ce saint abbé étant à la maison épiscopale de Troyes, opéra, en présence de l’évêque, un miracle sur une fille courbée et si faible qu’elle ne pouvait se tenir debout.

 

Louis VII envoie Henri de Carinthie en Hongrie, comme ambassadeur auprès de l’empereur Frédéric.

 

A son retour, il voit que l’abbaye de Boulancour s’est relâchée de sa première ferveur, « il se transporte sur les lieux, et met les religieux sous la conduite de saint Bernard qui rappelle dans cette maison la bonne odeur de la prière ».

 

L’évêque de Troyes se prête volontiers à toutes les fondations, dotations ou confirmations des pieux établissements, et l’on voit souvent son seing sur les titres et les chartes de cette époque.

 

C’est sous son épiscopat que le comte de Champagne Henri I, dit le Libéral, fonde l’église collégiale de Saint-Etienne de Troyes, le chapitre de Pougy et l’Hôtel-Dieu-le-Comte.

 

Henri, comme évêque diocésain, prononce un jugement sur le mariage de Robert et de la fille de Hugues de Broies.

 

Il se trouve à la consécration et à la dédicace de l’église du monastère de Neuvesbourg, diocèse de Strasbourg.

 

On voit sous son épiscopat l’établissement de plusieurs communautés séculières et régulières, comme le chapitre de Saint-Nicolas de Sézanne, le Reclus, Scellières, Foissy, Macheret…

 

Après avoir gouverné l’église de Troyes pendant 23 ans, Henri de Carinthie décède le 11 janvier 1169, et est inhumé dans l’église de l’abbaye de Boulancourt.

 

 

 

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